Elle est Autre... pour moi c’est sûr, elle est d’ailleurs
Mon pays a changé, mon paysage s’est transformé.
Mon pays a changé, mon paysage s’est transformé.
Mes rues ont pris d’autres couleurs,
perdu leur homogénéité d’antan…
Les rencontres se font multiples et diverses.
De quiconque se tient devant moi, je ne puis être sûr de rien, certes...
mais derrière toutes ces vies, que d’histoires... on n’a pas idée!
Toute cette diversité, quelles richesses...
et dire que certains veulent à peines [sic] s’en accommoder... quelle tristesse.
Elle, je l’ai rencontrée... Québec-Montréal.
Elle voulait de la compagnie pour le trajet.
Même sens ou contresens, je ne l’ai jamais su.
Le voyage n’a pas eu lieu.
Elle n’a même pas mis le pied dans ma voiture...
seulement fait irruption dans ma vie.
Elle, pour moi c’est sûr, elle est d’ailleurs.
Libanaise... musulmane.
Moi, bouddhiste... catholique. Québécois de Québec.
Non mais, pourquoi faire simple...
Peut-être aurais-je dû faire marche arrière?
Après tout, tous les véhicules sont dotés du « reculons »!
Tomber en amour...
Avec une personne habitée d’un univers religieux différent.
Dans mon village, ces derniers temps, les probabilités se sont multipliées.
Dans le fond, peut-être aurais-je dû lui faire passer un test,
remplir un questionnaire,
lui imposer mon code de vie...
Après tout, Dieu ne voulait surtout pas qu’on se mélange.
Chrétiens avec chrétiens... passe encore.
Mais pas n’importe lesquels, ceux de la même couleur.
Musulmans avec musulmans, et les vaches seront bien gardées.
La diversité oui, mais sans mélange.
Non mais... quel est ce Dieu qui permettrait un tel bordel
dans les univers religieux qui adorent le tout Autre
et où l’on s’accommode tellement bien du pareil au même...
Mais voilà... c’est elle que j’aime.
La jolie femme devant moi avec son histoire, sa culture, son imaginaire,
son sourire, ses silences, son humour, sa sensualité, sa famille...
Bref telle que la vie l’a façonnée... et quelque part, son Dieu.
Mais voilà... c’est moi qu’elle aime.
L’homme qui se tient debout face à elle avec son histoire, sa culture,
son imaginaire, sa personnalité, ses rêves, ses limites...
Bref, celui que la vie a façonné... et quelque part, mon Dieu.
Petit problème : on est pris avec deux. Des Dieux. Avec un grand D.
C’est pas le même, qu’ils disent les imams et les curés.
Plutôt non, c’est pas le bon. Celui de l’autre...
Ou plutôt non, il est bon... mais un peu moins bien.
Dans le fond, c’est pas le vrai Dieu... c’tu assez clair!
Non, mais qu’est-ce qu’on en a à cirer!
Moi, ce n’est pas ce que je vois.
S’Il est quelque part, elle est là devant moi...
Oui, nos imaginaires n’ont rien en commun.
Nos cultures non plus,
laissant constamment planer un doute et le spectre de l’incompréhension.
Le défi, il est quotidien et d’une incontournable complexité,
meublé de longues discussions, d’écoute, de respect... et de silence.
De malentendus, d’explications, d’ajustements, de compromis,
de retrouvailles... et de confiance.
Oui, au-delà des dogmes, des enseignements et de toute autre quincaillerie,
il est fondamentalement contemplation.
Un émerveillement partagé et renouvelé de l’autre,
reconnaissance de l’importance de sa foi dans sa personnalité.
Si elle est celle que j’aime aujourd’hui, c’est que sa foi y est pour quelque chose.
Autrement, elle serait tout simplement... différente.
Cette foi, elle se partage et s’apprécie... et Lui... ou Elle... s’y découvre.
Les cent voiles qui cachent son visage se laissent écarter, tranquillement, un à un,
et elle me permet de l’entrevoir, elle et... Lui.
Et c’est précisément cette personne que j’aime.
Alors, dites-moi, pourquoi devrais-je me laisser enfermer?
L’altérité de l’autre, culturelle, sexuelle
et peut-être encore plus religieuse
est manifestations de l’altérité même de l’Autre.
Pourquoi donc se laisser enfermer
alors même qu’Il nous veut libres... ensemble.
Elle est autre... oui... pour moi c’est sûr, elle est d’ailleurs...